Adresse du Président Talon à la Nation : APNE et DAD débriefent et proposent des Assises Nationales

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Même en ces temps de fête, l’actualité politique ne passe pas inaperçue. Individuellement ou collectivement, chacun apporte son opinion en vue d’une décrispation totale. C’est bien le cas de la déclaration conjointe faite par l’Alliance Patriotique Nouvel Espoir (APNE) et la Dynamique d’Actions pour le Développement (DAD), hier jeudi 30 décembre dans la commune d’Abomey-Calavi. Prenant en référence le dernier message du président Patrice Talon sur l’état de la nation et les évènements qui ont précédé, ces deux formations politiques ont décrié l’état de la démocratie béninoise et appellent à des assises nationales pour aplanir toutes les divergences et rétablir l’unité nationale et cohésion sociale. /Lire l’intégralité de leur déclaration ci-dessous

ANALYSE DE LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE  AU BÉNIN

L’Année 2021 tire inexorablement à sa fin. Dans quelques heures, nous aborderons une nouvelle Année, l’Année 2022. L’Année 2021 a marqué, d’une manière ou d’une autre, désagréablement les esprits des Béninoises et Béninois et de tous les Peuples d’Afrique épris de paix, de justice et d’équité. Le discours sur l’Etat de la Nation, prononcé par le Président de la République, Chef de l’Etat, chef du gouvernement, le mercredi 29 décembre 2021, nous donne l’occasion de procéder à une analyse approfondie de la situation sociopolitique au Bénin.

En effet, la santé de la démocratie dans le monde n’est pas des plus reluisantes, particulièrement en Afrique et singulièrement dans notre pays, le Bénin. C’est au cours de cette Année 2021 qui s’achève que nous avons connu l’une des élections présidentielles des plus controversées, mais aussi la plus humiliante du processus du Renouveau Démocratique, déclenché en février 1990. Si le nébuleux scrutin présidentiel de 2011 qui a abouti à la réélection du Président Boni YAYI par un faux K.O. est scandaleux, ce qui s’est passé, le 11 avril 2021, est une grande honte qui ternie l’image des Béninoises et Béninois, à travers le monde. Notre étendard de pionnier de la démocratie en Afrique est en berne et ne flotte plus aux vents des lendemains meilleurs.

C’est sans surprise que nous avons constaté que dans le Discours sur l’état de la Nation, du mercredi 29 décembre 2021, le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Chef Suprême des Armées n’a pas dit un seul mot de ce rendez-vous majeur de la vie politique de notre République. Certes, la réélection est consommée et le requiem de ce qui reste du processus démocratique est dit. Mais cela n’empêche point qu’on y revienne à l’heure du bilan, dans une approche d’évaluation pour en tirer les leçons qui s’imposent. Faire semblant d’oublier les implications incalculables de ce scrutin inédit aux conséquences néfastes et nuisibles, nous plonge dans la spirale vertigineuse de la dégradation continue de la démocratie au Bénin. Est-il besoin de rappeler que : toute entreprise ou œuvre humaine durable, tout accomplissement qui n’a pas de visage humain est appelé à disparaitre, tôt ou tard, car, comme le dit le proverbe Yoruba, « C’est ce qui ne commence pas, qui ne finit pas« .

Heureusement, tout le monde n’est pas amnésique et toutes les institutions ne semblent pas être dupes. La preuve éloquente se trouve dans le Rapport Annuel 2021 de la Commission Béninoise des Droits de l’Homme (CBDH), présenté à l’Assemblée Nationale, le mardi 21 décembre 2021, soit une semaine avant le discours sur l’Etat de la Nation à la même tribune. Les membres de cette Commission ont présenté un tableau assez sombre de la situation des droits de l’homme au Bénin. D’ailleurs, la colère palpable observée au niveau des Députés de la huitième législature, tous partisans du pouvoir en place, au moment de l’exposé est une confirmation de plus de ce que la vérité rattrape toujours les manipulations et contrevérités que des esprits qui se croient malins tentent de semer dans l’histoire politique du Bénin.

Dans son exposé magistral, la CBDH a emboîté le pas à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, à l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Electorale (IDEA) et à l’Administration américaine du Président Joe BIDEN qui refuse de prêter caution à un régime politique qui roule contre les valeurs universelles de démocratie et de gouvernance. C’est ainsi que pour sanctionner le recul démocratique et le non-respect des droits humains, depuis 2016, les Etats-Unis d’Amérique ont réduit de manière drastique, le nouveau compact du Programme d’appui à l’électrification plus connu sous le nom de Millennium Challenge Account (MCA). Nous ne nous réjouissons pas de cette décision qui nous attriste profondément parce qu’elle impacte négativement les conditions de vie de nos populations et épargne les gouvernants. La situation est  plus préoccupante quand l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Electorale (IDEA) qualifie le Bénin de « pays hybride » et nous range dans la même catégorie que certains pays habitués à occuper les dernières places dans le respect des normes démocratiques. Nous ne sommes pas fiers de ce qualificatif  que nous ne méritons guère.

En outre, l’image du Bénin est écornée parce que qualifié de plaque tournante de trafic de drogues. En à peine six (06) mois de gestion pour le compte du second mandat, ce sont plusieurs tonnes de cocaïnes qui sont entrées illégalement sur le territoire national. Des saisies records qui inquiètent à plus d’un titre et qu’on ne saurait occulter au moment des redditions de comptes. Comment ne pas avoir à l’esprit, les importants lots, qui sans nul doute sont passés comme une lettre à la poste entre les mailles du filet des services de contrôle dont nous ne connaîtrons jamais la quantité exacte. Nous sommes sans voix et mal à l’aise devant une telle pratique.

Le pays va mal. Oui, le pays va mal. Le Bénin, notre commune patrie, est mal en point.

Après plusieurs années de tergiversation pour l’admettre, le Chef de l’Etat l’a finalement avoué, mettant au banc des accusés, la pandémie du Coronavirus. Mais avant la pandémie, la faim était déjà préoccupante au Bénin. Nous nous rappelons tous, l’anecdote des « ceintures à serrer », « Vous allez en souffrir, vous ne pourrez rien faire » et des déguerpissements sauvages sans dédommagement. Cela remonte bien avant l’avènement de la pandémie en cours qui n’a fait qu’aggraver une situation déjà alarmante. Et parlant de la santé, la pandémie est venue s’ajouter à un plateau technique délabré. Ce n’est pas une information, c’est la réalité. Dans le cadre du défi sanitaire, le projet Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH) continue de battre des ailes. Les réformes opérées dans le secteur de l’éducation sont encore loin des attentes pour contribuer effectivement au développement. De même, les approches de solutions annoncées pour relever le défi sécuritaire peinent à rassurer le Peuple en témoignent les attaques sans revendications perpétrées dans le Nord du pays.

La proclamation d’un mandat hautement social, le 23 mai 2021, demeure encore dans les rouages des vœux pieux au regard des faits en présence. Le panier de la ménagère est vide. Le Peuple a faim. Tout est cher, y compris, l’eau et l’électricité. Pendant ce temps, les travailleurs sont licenciés en série, à commencer par les enseignants dits « Aspirants » qui sont suspendus sans aucune forme de procédure pour avoir manifesté contre une condition esclavagiste de travail.

En cette veille de nouvel an, les citoyens et citoyennes attendent du gouvernement, des actions concrètes, pas une communication ronflante autour de fausses promesses sans lendemain. Les Béninoises et les Béninois veulent savoir qu’ils vont mieux vivre en 2022. Qu’ils ne seront pas astreints au silence, qu’ils ne seront plus  torturés, martyrisés ou jetés en prison par le régime de la Rupture et du Nouveau Départ.

Notre mal est profond à tout point de vue et les enjeux pour endiguer la faim généralisée, l’absence et la précarité des emplois, sont à priori au-dessus de la politique d’exclusion et de destruction voire d’humiliation des opposants politiques. Contraindre des concitoyens à l’exil ou maintenir d’autres en prison au motif de chefs d’accusation sans preuve ne sont pas les réponses à notre malaise. Les petits calculs d’intérêt par la non-attribution des marchés publics aux voix discordantes ne garantissent pas non plus une souveraineté financière ad vitam aeternam à ses auteurs.

A l’aube d’une nouvelle année, il est attendu du Chef de l’Etat qu’il aborde également des sujets de grandes importances comme l’entreprise annoncée de la réécriture de l’histoire du Bénin. De quoi cela retourne-t-il ? Sur quelle base un tel travail est-il envisagé ? Quel est le profil des personnes en charge du projet ? Pourquoi un Comité exclusif ? Quid de la réforme de la décentralisation qui vide la Loi de 1999 de son essence par la nomination de Secrétaires Exécutifs qui dépossèdent, en principe, les Maires élus de leurs prérogatives ? Que dire du retrait et de l’isolement du Bénin de la participation aux actions dans le concert des Nations en fermant tous azimuts nos représentations diplomatiques et consulaires à travers le monde ? Pourtant, il est important d’expliquer aux citoyens et aux citoyennes les tenants et les aboutissants de certains choix du gouvernement. Par exemple, le récent appel à candidature pour les postes de Consul honoraire du Bénin, pour remplacer seize (16) postes diplomatiques et consulaires fermés par le fait du Prince. Une première dans l’histoire de la diplomatie. Nous n’arrivons pas à comprendre et à expliquer la logique derrière cette décision. Nous sommes dans l’impasse. Nos connaissances et expériences sont mises à rudes épreuves et peinent à trouver la sortie du tunnel. 

Pour nous, la décrispation de la situation politique annoncée par certains n’en est pas une. Les lourdes condamnations de privation de liberté de dix (10) ans et de vingt (20) ans d’emprisonnement fermes contre respectivement le Professeur Joël AÏVO et Madame Reckyath MADOUGOU ne s’inscrivent pas dans cette logique. Les cas de Madame Garya SACCA, du Ministre Houdou ALI et de centaines autres personnes détenues qui n’ont commis aucun crime de sang et dont le sort est toujours incertain doivent interpeler la conscience collective. Ces personnes n’ont pas leur place derrière les barreaux parce qu’elles ne sont pas des terroristes, ni des dangers pour notre société. Il n’y a pas de démocratie sans l’expression plurielle, sans le débat multiple et sans la liberté d’expression qui est un élément fondamental de l’exercice et de la pratique de la démocratie. S’il n’y a pas liberté d’expression et qu’il n’y a pas autre chose que ce que veut le pouvoir, il n’y a pas de démocratie. Cela dit, le Bénin actuel n’est pas démocratique. Autant les partisans du pouvoir en place doivent se sentir libres de s’exprimer, de s’organiser et d’agir ; autant ceux qui portent des messages contraires doivent jouir des mêmes prérogatives. La liberté d’expression est le baromètre d’une démocratie.

Nous réitérons la détermination du Peuple Béninois pour l’organisation des Assises Nationales au cours de l’année 2022. Elles ne sont pas à confondre au concept de la Conférence des Forces Vives de la Nation appelée Conférence Nationale, de février 1990 ou à la notion de dialogue politique d’octobre 2019. Nous réclamons des Assises Nationales qui engagent tout le Peuple Béninois, de la base au sommet de l’Etat. Il s’agit de tout le monde : l’ensemble de la société civile, toute la classe politique sans exclusion, le Gouvernement, les Institutions, y compris l’institution qu’est le Président de la République.

Nous réclamons les Assises Nationales pour engager le processus de la refondation de notre République, pour poser les fondements de notre Etat et pour édifier effectivement notre Nation. Il est temps que depuis le 4 décembre 1958, date de la proclamation de notre République, les Béninois et Béninoises s’asseyent pour se parler, échanger et fixer les bases de la Nation que nous voulons. Il est grand temps que les Béninoises et Béninois enterrent définitivement la pratique de « ôtes-toi pour que je m’y mette » pour parvenir sans passion politique ni combat idéologique à un consensus pour la mise en œuvre de nos actions et priorités de développement. Le moment est plus que jamais favorable pour que le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Chef Suprême des Armées, laisse positivement son nom dans l’histoire de notre pays.

Nous voudrions nous convaincre que le Président de la République saisira  l’opportunité de la nouvelle Année 2022, pour redonner un Nouvel Espoir au Peuple Béninois, un Nouvel élan pour la satisfaction des profondes aspirations du Peuple, un nouveau dynamisme pour un meilleur  fonctionnement de nos institutions, avec la participation de tous les enfants du Bénin, débout comme un seul Homme dans une République exemplaire où chacun pourra faire valoir ses compétences et ses ambitions.

Vive le Bénin !

Vive notre commune Patrie, le Bénin !

Bonne et Heureuse Année 2022 à toutes et à tous !

Vive l’Alliance Patriotique Nouvel Espoir (APNE) et la Dynamique d’Actions pour le Développement (DAD) !

« L’AVENIR EST DANS NOS MAINS »

Fait à Abomey-Calavi, le jeudi 30 décembre 2021

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